mercredi 2 novembre 2011

Son corps extrême, Régine Detambel

Son corps extrême


Régine Detambel
Son corps extrême

Actes Sud
Date de parution : 2011
ISBN : 978-2-7427-9921-3
160 pages
17 €

L'essentiel vu par l'auteur
Je trouve presque chaque jour dans mes lectures quelque chose qui «m’explique» ce que j’ai écrit dans Son corps extrême. De Marie Balmary, psychanalyste, je retiens ces mots à propos du voyage initiatique : "Il n’y a pas de 'guérison totale' à la fin du voyage, car cela supposerait une toute-puissance dont le voyage, précisément, est l’abandon. La maladie initiatique n’est pas de celles dont on 'guérit complètement', le retour à une santé antérieure n’ayant ici aucun sens. Jacob garde à la hanche la marque de son combat. Un combat initiatique qui ne laisserait aucune cicatrice est un simulacre de combat, donnant accès à un simulacre de présence."
J’ai longtemps fréquenté les hôpitaux comme auxiliaire médicale. J’y suis souvent retournée par l’écriture. Un hôpital est une grosse machine cliquetant comme un Tinguely, une entreprise pleine de mouvements et de bruits, de circuits électriques, de pompes, de lumières, de matériaux radioactifs, avec du plâtre, et des clous, des vis… L’hôpital est aussi vivant et bruyant qu’un chantier d’autoroute.
Aux yeux d’Alice — que j’ai choisi de nommer ainsi pour Lewis Carroll et les folles modifications du corps de son héroïne au cours de ses aventures —, l’hôpital est surtout un chantier organique. Le corps comme acteur et comme oeuvre ne devrait pas être exclusivement réservé aux plasticiens et aux performeurs. La patiente, se remodelant, s’exhibe en pleine performance, dans un authentique art du corps.
Il m’a également semblé essentiel de montrer quelle peut être la résonance politique des soins hospitaliers, depuis le service de réanimation, sans doute le plus haut lieu de surveillance technocratique, jusqu’au centre de rééducation, où se côtoient, démocratiquement, des bancroches et des manchots de milieux divers, avec des philosophies et des approches de la vie extrêmement variées.
L’hôpital, comme le monastère ou la prison, est par excellence le lieu de la métamorphose physique et morale, de la crise, de la prise de conscience : telle est la mission de l’alitement forcé, faire qu’on s’arrête et qu’on regarde mieux en soi-même. Pour l’écrivain comme pour son personnage, il arrive qu’un tel séjour apparaisse soudain comme une nécessité inévitable, absolument pas au sens médical mais dans un sens existentiel. Voir à ce propos L'exercice de la vie.

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