lundi 3 octobre 2011

Entretien avec Catherine Flohic, Argol éditions

A l'occasion du lancement de sa nouvelle collection "Vivres", Sitedit a posé quelques questions à Catherine Flohic, gérante d'Argol éditions.

- Vous lancez une nouvelle collection "Vivres", pouvez-vous nous la présenter ?
C’est une histoire en devenir. J’entends « Vivres » au sens large, ce qui est nourriture poétiquement parlant et ce qui nous concerne dans tous les domaines de la cuisine et de l’alimentation. Il s’agit en fait d’une collection en deux sous collections : « Vivres - Gestes » et « Vivre - Paradoxes ».
Les ouvrages de la collection « Gestes » répondent à mes questionnements sur l’intention, l’acte, le don, qui accompagne tout geste culinaire, qu’il soit intime et modeste comme la réalisation d’une tarte aux pommes ou d’un couscous, ou exceptionnel et créatif comme les
« Aiguillettes de homard bleu au basilic déposées sur un voile de seiche, gambas de Palamos au piment et poêlée de petits encornets » d’un chef triplement étoilé. Le geste pensé et fait avec amour dans une cuisine.
La collection « Paradoxes » posera toutes les questions concernant le goût et l’esthétique, la création en cuisine mais aussi l’alimentation et l’agroalimentaire et même ses scandales.

- Qu'est ce qui a motivé la création de cette collection ?
Une histoire de rencontre : un projet avec un grand chef étoilé, et mes recherches en librairie qui ont accompagné la réalisation de ce livre. A côté des profusions des livre de recettes, il n’y a peu ou pas de publications, hors collections sérieuses et scientifiques dites de sciences humaines, dans le domaine du goût, des questions d’alimentation, de l’esthétique en cuisine, des livres que je voudrais lire. Ma curiosité est grande…, j’ai eu le désir de créer des livres que je ne trouvais pas.

- Quels seront les premiers titres ? Pouvez-vous nous en parler ?
Le premier livre, Un principe d’émotions est un livre d’entretien avec Pierre Gagnaire, un grand chef étoilé, un artiste.
Je connaissais le Pierre Gagnaire des interviews et des critiques, et je n’avais jamais oublié l’émotion d’un déjeuner dans son restaurant de Saint-Étienne en 1994. Tout m’attirait et me questionnait dans sa personnalité et sa cuisine remarquablement innovante et créative. Je peux ajouter que je cuisine, toujours dans l’invention et la recherche de nouvelles saveurs, mais que je n’ai jamais fréquenté les restaurants étoilés, ni les livres de recettes. Mon projet était un livre d’entretien avec ce cuisinier et artiste, ou découvrir et comprendre « sa vie et son œuvre », sur le principe de la collection de littérature « Les Singuliers » publiée par Argol.
En mars 2007, Pierre Gagnaire a répondu oui à mon courrier… L’interlocuteur choisi n’a pas convenu et j’ai accepté sans ciller sa proposition inattendue de faire ensemble le livre.
Durant trois années, suivant les jours, les lieux, les fatigues, les humeurs, le dialogue s’est établi vers ce que j’espérais : un portrait, simple, sincère, au plus près des questions de création et de sa vie de chef.
Après la retenue des premiers temps, les contradictions d’un homme en devenir, le livre s’est construit autour du parcours et du quotidien, et enrichi du reportage photographique sur le vif de mon fils François, jusqu’aux questions inédites sur la création, le geste et la pensée artistique en cuisine, et l’esthétique du goût. 384 pages en couleur, plus de 1000 photos !
On découvrira Pierre Gagnaire, un homme de l’élan, de générosités et de doute qui vit sa cuisine comme une passion d’absolu, irrépressible, dans la solitude du créateur mais toujours dans la transmission et le partage d’émotions et de douceur. Pierre Gagnaire est bien le grand cuisinier et l’artiste singulier que je pressentais
C’est une aventure inattendue d’éditeur, mais telle que je la conçois et essaie de la vivre moi aussi au plus près de la création...

L’autre titre L’Amer, d’Emmanuel Giraud, ancien pensionnaire de la prestigieuse Villa Médicis à Rome, plasticien, critique et cuisinier est un très beau petit livre de promenades en Italie, autour de l’amertume. La saveur abordée sur le plan « scientifique » pose le sujet concrètement, mais au gré d’une création littéraire, personnelle, sous forme de carnet de voyage, le livre est l’itinéraire gourmand, poétique et malicieux d’un sybarite qui tente de redonner un attrait sensuel à l’amer mal-aimé.

- Quel rapport entre cette nouvelle collection et le catalogue très littéraire des éditions Argol où l'image et la poésie ont une place importante ?
Je vous l’ai dit, comme toutes mes aventures éditoriales, c’est une histoire de rencontre, de curiosité, d’émotions et de désir de livres que j’aimerais lire et posséder. C’est aussi ensuite une volonté de faire partager mes découvertes d’œuvres et d’hommes et de vie. Comme pour les poètes ou les écrivains, émotions, réflexions, sont traitées avec la même exigence d’écriture dans le domaine de la « cuisine ».

- Quelles sont les parutions à venir ?
Les prochaines livres répondent encore parfaitement à mes questionnements.
Un livre sur Le goût et le dégoût, L’Ail ; L’Acide, Baguettes ou fourchette" (l'histoire des baguettes en Asie), "La boucherie est ouverte le lundi" (la viande de cheval), Le fade, Le gluant"... etc.
Dans d’autres domaines de l’alimentation ; un livre « autour » de l’huitre, son histoire, sa culture et les déviances qui font aujourd’hui travailler les chercheurs pour « améliorer » la production et font les ostréiculteurs démunis devant une crise fondamentale : la mortalité des huitres, un livre que j’appelle les « Pétrotomates » à propos des cultures hors sol et de toutes les questions de société, humaine, économique et de santé.

Je ne ferai pas d’autres livres comme celui de Gagnaire.
Un principe d'émotions" c'est le livre d'une rencontre. C'est pourquoi, je n'en envisage pas d'autres sous cette forme avec des cuisiniers, malgré les propositions que j'ai reçues. J'ai eu la chance et l'intuition de choisir le "grand". Mais j'ai un autre projet qui va répondre à mes questionnements : Une collection inspirée du "Temps retrouvé" de la "Recherche" de Marcel Proust. Une série de livres courts où un chef évoque longuement un plat transmis, revisité, modernisé, personnalisé et réalise la recette photographiée et filmée. Il y aura des grands et des jeunes, des confirmés et des découvertes, des Français et des étrangers.

Puisqu’on parle de tous mes projets, j’ai en cours un livre, fondamental pour moi, très personnel : Les Mères monde, un livre accompagné d’un film documentaire, construit à partir de rencontres, dans leur cuisine, de mères d’origines étrangères récemment arrivées en France. Le propos est à partir d’un plat traditionnel, transmis de générations de femmes, de parler de l’origine, du territoire, de la mémoire ainsi transportée et partagée avec une famille qui souvent n’a plus en France comme repères, identité, et point de rencontre que la mère, son amour et sa cuisine.
Viendront ensuite un livre que j’appelle les « Pétrotomates » à propos des cultures hors sol et de toutes les questions de société, humaine, économique et de santé.
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Argol
L’aventure éditoriale d’une petite maison d’édition indépendante repose à mon sens sur l’échange et le partage avec les auteurs, c’est mon projet et ma chance vécue au quotidien.
La plupart des livres d’Argol sont des espaces de création dans tous les champs de la littérature de la poésie et de l'art, des correspondances, des rencontres, entre l'écriture et l'image, et dans la collection « Les singuliers » des entretiens témoignages sur la vie et l’œuvre des auteurs, et aujourd’hui sur l’esthétique du goût, la création gastronomique et l’alimentation.

Date de création : 2005
Nombre de titres au catalogue : 50
Nombre de titres par an : 6
Tirage moyen : 500 à 2000
http://www.argol-editions.fr

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